Eurosport - dim, 15 juin 18:43:00 2008
Fabuleux recordman du tour du monde en multicoques en janvier dernier, Francis Joyon se mesurer au chrono en solitaire. Par vocation et parce qu'il a un bateau "à faire tourner". Nous l'avons rencontré à l'iShares Cup.
Comment avez-vous trouvé ces catamarans Extreme 40 de l'iShares Cup ?
Francis Joyon : Plaisants. J'ai été invité à naviguer sur ces bateaux agréables, très évolutifs, performants. J'ai surtout navigué avec des équipages extrêmement compétents comme Randy Smith, qui a un passé extraordinaire en multicoques. Les bateaux lèvent une coque avec seulement 7 n&oeliguds de vent. Il y avait très peu de vent (ndlr : entretien réalisé jeudi) mais on est quand même parvenus à s'amuser. C'était un plaisir, un privilège de découvrir ces bateaux qui sont les successeurs de l'ancienne Formule 40. Ces bateaux sont magnifiques, ils ont à peu près la même taille, la même surface de voile que les Formule 40 et ils ont été allégés et simplifiés. Résultat : ils sont capables d'aller deux fois plus vite que le vent. A 7 n&oeliguds de vent, on peut avancer à 14 n&oeliguds. Seuls les multicoques peuvent atteindre ces ratios de vitesses.
En dépit de cette visite, vous restez un partisan des défis en solitaire...
F.J. : J'ai couru sur le circuit des 60 pieds multicoques pendant des années. C'était une époque sympa mais elle est révolue. La page est tournée. J'ai un programme très dense de tentatives de records avec IDEC. On a un grand bateau qu'il faut faire tourner. On vient juste de passer une semaine en mer pour le ramener de Bretagne jusqu'en Méditerranée dans l'idée de faire un peu de communication avec nos partenaires, et d'en profiter pour s'attaquer à un petit record avant de repartir pour préparer le bateau en vue d'un autre challenge (ndlr : la Route de la découverte).
Comment choisit-on de s'attaquer à un record ? Est-ce une question de parcours, de conditions de navigation ou de profil du détenteur qui incite à passer à l'action ?
F.J. : Aucune de ces raisons, en ce qui concerne le record sur Marseille-Carthage. Le sponsor organisait une manifestation à Marseille et souhaitait que le bateau soit présent pour sortir avec ses clients. On s'est dit que si le Mistral soufflait, il y aurait des possibilités d'avoir des conditions favorables. Quand je vois l'opportunité de faire un record, je la prends.
BMW Oracle s'exerce sur Groupama et Alinghi s'entraîne avec Foncia. Les Français ont un savoir mais toujours pas de moyens...
F.J. : Malheureusement, c'est une épreuve qui coûte très cher par rapport aux autres : les budgets sont dix à vingt fois supérieurs à une épreuve océanique. C'est effectivement là que ça coince en France.
La Route de la découverte, entre Cadix et San Salvador, sera bientôt votre défi...
F.J. : C'est l'épreuve la plus importante de notre saison. C'est un record que j'avais battu il y a quatre ans et que Thomas Coville a repris, avec Sodebo. Il faut retourner à l'attaque. Il avait eu de bonnes conditions météo et il était allé vite. Il faut que l'on réussisse à avoir des conditions pas trop défavorables pour avoir une chance de le reprendre.
Que ressent-on lorsque l'on vient de perdre un record ?
F.J. : En fait, dans le monde du record, on reste toujours dans le domaine du positif. Si je suis battu, c'est l'autre qui est content et ça n'engendre pas de frustration chez moi. A la limite, je me dis : "Tant mieux ! C'est l'occasion d'y retourner !" J'essaie toujours de positiver.
Vous avez remporté la Transat anglaise en 2000 et pulvérisé de 14 jours le record du tour du monde en solitaire en 2004 à la barre d'un vieux bateau, l'ancien Sport Elec d'Olivier de Kersauson. Des performances hors normes...
F.J. : En multicoques, il n'y a pas que le matériel, il n'y a pas que l'argent que l'on injecte pour faire avancer le bateau. Il y a aussi la foi. C'était des années où j'étais très motivé. Je voulais vraiment réussir. La détermination aide beaucoup en voile, et en particulier en multicoques.
Un rapport fusionnel avec le bateau est-il nécessaire pour battre un record ?
F.J. : Il faut bien le connaître, être en phase avec lui pour avoir une chance. Il y a de très nombreux exemples de courses où les skippers ont abandonné ou fait des contre-performances parce qu'ils n'étaient pas en accord avec leurs bateaux. C'est important de se sentir bien sur son bateau, en paix avec lui, et d'avoir un peu de bonheur à naviguer. Si ce n'est que souffrances, ça n'est pas très intéressant et ça va souvent dans le sens contraire de la performance.
Le record du tour du monde que vous avez repris en janvier dernier avait une dimension écologique...
F.J. : C'était un message pour la nature. J'avais une éolienne, une dizaine de panneaux solaires et une pile à combustible. La quantité d'énergie que dépense un bateau sur un tour du monde n'est pas énorme et j'avais tout le temps trop d'électricité ! Je ne savais plus quoi en faire ! Techniquement, ce genre de solution est viable et il ne faut pas s'en priver. Et puis, le tout pesait trois fois moins que le nécessaire en carburant. J'ai gagné trois cent kilos. D'une façon générale, j'observe aussi que le monde du nautisme avance sur la question environnementale car je viens d'apprendre que les moteurs électriques pour les voiliers commencent à se développer. D'après un principe est simple : lorsqu'il y a du vent, le navigateur peut déplier une hélice rétractable reliée à un arbre qui charge une batterie. Et lorsqu'il n'y a pas de vent, cette batterie alimente un moteur électrique qui fait avancer le bateau. Bien sûr, ce n'est pas pour la compétition mais pour les centaines de milliers de bateaux de croisière. Mais ça prouve que lorsque des gens cherchent dans le bon sens, ils peuvent trouver des choses utiles.
Votre programme 2008 est bouclé. Celui de 2009 aura-t-il quelque chose de spécial ?
F.J. : J''envisage un record pour associer le monde de la voile à la protection des forêts. Mais l'opération n'est pas encore finalisée.
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